Cornus, Aveyron, France.

Loin de l'inutile

Proche de l'essentiel

La Commune

Nos liens





Rechercher

Frédéric HERMET Curé de L’Hospitalet (1894-1934)
Le prêtre
Originaire de Saint-Izaire, Frédéric Hermet, après sa réthorique au Petit Séminaire de Belmont, entra au noviciat des Pères Lazaristes à Paris. Il y fit son noviciat et une année de philosophie. Mais sa mauvaise vue l’empêcha de poursuivre cette voie. Il dut, sur les conseils de son médecin, passer plusieurs années de repos dans sa famille.
En 1880, il entra au Grand Séminaire de Rodez, puis à l’Institut catholique de Toulouse, où il obtint le grade de licencié en théologie et celui de docteur en droit canonique. Successivement, vicaire à Saint-Sernin et à Saint-Affrique, il fut solennellement installé à L’Hos-pitalet, le 13 février 1894. Il devait y rester quarante ans. Très pieux, il fut toujours attentif à son devoir pastoral, scrupuleux même, il déplorait le relâchement qu’amena l’après-guerre (1914-1918). Il note : « malgré les très pressantes exhortations du pasteur, les jeunes filles dansèrent comme des écervelées pendant les deux jours de la fête patronale ». Et lorsque l’instituteur, nouvellement arrivé, monta une fanfare et un groupe théâtral mixte, il fut au comble de l’indignation. On raconte même qu’il refusa l’absolution à une mère de famille parce qu’une de ses filles, en période de carnaval, s’était rendue déguisée en zouave chez un voisin, et avait amicalement taquiné la femme de celui-ci. Il manifestait également quelque sectarisme, qui se traduisit une fois par le refus d’admettre à la communion une enfant du catéchisme, parce qu’on lisait La Dépêche ».
Mais cette sévérité, cette rigueur, restes d’un tenace jansénisme, ne lui enlevèrent pas l’estime de ses paroissiens, qui le vénéraient comme un père. La plupart d’entre eux, il les avait baptisés, mariés et baptisait encore leurs enfants. Il a laissé parmi eux, parmi nous, le souvenir d’un saint prêtre, dont la bonté n’avait d’égale que la modestie.
Le savant
Ce prêtre à l’allure si modeste, était pourtant un savant. Sa passion de l’étude, de la recherche, de l’archéologie, lui donna rang dans le monde de la science. Il semble que ses paroissiens, dans leur ensemble, ne se soient guère souciés de ses travaux. Ils ne comprenaient sans doute pas qu’on puisse se donner tant de mal pour une œuvre qu’ils jugeaient stérile. Méconnu des siens, il le fut certes, mais n’est-ce pas le propre des grands savants ?
Son œuvre
Alors qu’il était vicaire à Saint-Sernin, on lui signale une pierre curieusement sculptée. L’abbé Hermet prit son bâton et partit en chasse. C’est ainsi qu il mit au jour une trentaine de statues-menhirs, idoles de la vieille Gaule (18 dans l’Aveyron, 10 dans le Tarn, 2 dans l’Hérault). L’une d’entre elles se trouve au Musée des
Antiquités nationales, à Saint-Germain-en-Laye (voir Pèlerin du 4 mars 1973).
Ses profondes connaissances de la préhistoire le conduisaient partout où se signalait une découverte.
En 1901, il fouille la grotte des Embalsés à Nant, et à 3 mètres environ de profondeur, rencontra plusieurs squelettes humains et des poignées de grains de blé carbonisés. Il fit sur cette découverte un rapport au congrès international préhistorique de Genève, en 1912.
Lors de la découverte, en décembre 1913, de la grotte d’Ambouls, commune de Nant, on fit appel à lui. Avec deux ouvriers, il travailla une journée au déblaiement partiel et put alors se faire une opinion : il s’agissait d’une grotte sépulcrale du 2‘ degré, c’est-à-dire un ossuaire.
Sous le ciel ouvert de la grotte de la Raynelle, non loin de L’Hospitalet, il découvrit, en 1897, une fonderie de fer constituée par deux fourneaux circulaires bâtis en briques romaines.
Eminent archéologue, la notoriété mondiale qui fut la sienne lui vint surtout des travaux remarquables et des publications qu’il fit sur les grands ateliers de poteries gallo-romaines de la Graufesenque.
Cette plaine avait déjà été explorée par un autre prêtre archéologue, l’abbé Cérès. Seul, soutenu par une flamme intérieure, l’abbé Hermet reprit les fouilles. Il devait les poursuivre pendant 30 ans ; ses découvertes l’encourageaient. Aux longues veillées d’hiver, il nettoyait, classait, reconstituait au besoin les pièces, puis tout était soigneusement classé et étiqueté.
Il releva le nom de plus de quatre-vingts potiers. Peu à peu, la renommée s’était faite autour de ses découvertes.
Personnages officiels et savants venaient le visiter, étonnés de trouver dans ce petit village, et dans un si modeste presbytère, un homme aussi illustre.
De nombreuses distinctions honorèrent l’abbé Her-met. En 1900, il était nommé Officier d’Académie, correspondant du Ministère de l’Instruction publique pour la conservation des monuments historiques.
Une médaille de vermeil lui était accordée la même année par la société archéologique du Midi. En 1916, il obtint le Grand Prix Cabrol, décerné par la société des lettres de l’Aveyron. C’est en 1922, qu’il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale.
En 1923, il publia, chez Carrère, un album de 35 graffitis ou comptes de potiers.
Ce n’est que plus tard, grâce à quelques subventions, et aussi sans doute à la générosité de quelque mécène, qu’il put réaliser son rêve : publier ses travaux. Sa mauvaise vue ne lui permettant pas de relever avec précision les ornementation et les fins motifs qui décoraient chaque pièce, il fit appel à un spécialiste de Paris. C’est ainsi qu’en 1934 parurent, chez l’éditeur Leroux, deux splendides volumes, sous le titre : Les vases céramiques ornés de la Gaule Romaine, qui ne comprennent pas moins de 600 pages et contiennent 3 000 dessins.
C’est alors qu’il songea à se retirer à la maison de retraite de Rodez. Il quitta L’Hospitalet dans les premiers jours d’octobre 1934. Il avait 78 ans. Ses contemporains se devaient de faire rendre hommage à son érudition et à une vie de labeur acharné.
Henri Bedcl, dans Lettres du Rouergue et du Gé-vaudan, demandait instamment « réparation de l’injustice criante qui constitue l’absence de la Croix de la Légion d’Honneur sur la poitrine de l’abbé Hermet, qui a porté haut le renom de la science française et, au soir de sa vie, a droit à la reconnaissance de son pays ».
Cette croix, cent fois méritée, lui fut enfin remise en 1938. C’était bien le soir de sa vie.
Le 4 février 1939, le chanoine Hermet rentrait dans l’éternité.